Livre blanc 08 · Compétences
Le Cameroun peut doter sa sidérurgie de ses propres compétences si la formation commence avant le four
L’acier crée des emplois qualifiés et durables si les filières de formation et le contenu local sont construits avant l’exploitation.
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Synthèse
Ce que montre l’étude
Lire la synthèse complèteDes compétences pour l’acier : emplois, formation et contenu local dans la sidérurgie camerounaise, avec un plan d’effectifs illustratif pour une aciérie à four à arc électrique réalisée par phases à Kribi.
Source : livre blanc 08, synthèse ; les repères entre crochets renvoient à la liste des sources en annexe.
Conclusions principales
- Une aciérie crée peu d’emplois par tonne, mais de bons emplois. L’emploi direct va d’environ 500 à 5 000 emplois par million de tonnes selon les cas publiés ; les valeurs de planification de Cameroon Steel, environ 1 670 par million de tonnes en première phase et environ 1 100 à pleine capacité, se situent au milieu de cette fourchette. Presque tous ces emplois sont formels, salariés et techniques, dans un pays où seuls 5,1 % des actifs occupent un emploi formel dans le secteur privé [S02][S03][S05][S11][S12].
- Les emplois couvrent onze familles de métiers et tous les niveaux de l’enseignement technique. Environ 60 % de l’effectif prévu en première phase sont des opérateurs, 20 % des techniciens, 10 % des ingénieurs et 10 % du personnel administratif et de soutien ; près d’un quart des postes relèvent de la maintenance, de l’automatisme, de la qualité et de la sécurité, des fonctions dont les compétences se transfèrent au reste de la grappe industrielle de Kribi [S11].
- La contrainte du Cameroun est l’expérience, non le nombre de candidats. Environ 730 000 jeunes atteignent chaque année l’âge de travailler selon les estimations de la Banque mondiale, ou environ 550 000 si le dénombrement provisoire du recensement de 2026, soit 22,7 millions d’habitants, est confirmé, alors qu’environ 197 000 emplois nouveaux ont été recensés en 2025. Le chômage augmente avec le niveau d’études, jusqu’à 17,6 % chez les diplômés du supérieur et 28,2 % chez les diplômées [S14][S19][S17][S12]. Le chapitre 2 expose les trois explications généralement avancées : les diplômés font la queue pour des emplois formels et salariés, qui sont rares ; une grande part de l’enseignement supérieur est générale plutôt que technique ; les liens entre écoles et employeurs sont ténus. Un employeur peut agir sur les trois en offrant des emplois techniques formels, où la scolarité se transforme en compétence.
- Les écoles existent ; les contenus sidérurgiques, les ateliers et les liens avec l’industrie font défaut. L’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé (ENSPY), l’école d’ingénieurs et l’institut de technologie de l’Université de Douala, l’institut et les écoles des mines de l’Université de Ngaoundéré, la nouvelle Université d’Ebolowa et trois centres de formation professionnelle d’excellence couvrent la mécanique, l’électricité, le génie chimique et la maintenance, pour la plupart à moins de 260 km de Kribi. Aucun programme consacré à la sidérurgie n’a été recensé, et 2 694 formateurs de la formation professionnelle n’ont aucun diplôme professionnel [S18][S21][S22][S23][S24][S28].
- Les lacunes critiques se situent à l’aciérie, à la coulée continue et dans l’encadrement. La conduite du four et de la coulée, ainsi que l’encadrement d’un procédé continu 24 heures sur 24, n’ont presque aucune base locale et demandent deux à dix ans de formation ; la maintenance, le soudage et l’électricité existent, mais exigent une mise à niveau industrielle et, surtout, une certification.
- La certification est le levier le moins coûteux. Des normes internationales existent pour les soudeurs (ISO 9606-1) et le management de la sécurité (ISO 45001), et la loi n° 2018/010 prévoit l’apprentissage, la formation par alternance et la validation des acquis de l’expérience. Ce qui manque, ce sont des référentiels de compétences des métiers de l’acier rédigés par les employeurs avec le ministère, et un centre pour évaluer les candidats au regard de ces référentiels [S59][S58][S26].
- Les modèles de formation qui fonctionnent associent l’école, l’usine et l’équipementier, et commencent tôt. Le système dual allemand, les académies d’entreprise d’OCP, de Dangote et de Tata Steel, la formation des équipementiers inscrite dans les contrats d’équipement et les simulateurs de procédé vont tous dans le même sens : les employeurs pilotent, les écoles certifient, les fournisseurs transfèrent leur savoir-faire, et la filière s’ouvre des années avant la production [S48][S42][S47][S43][S50].
- Le droit camerounais lie désormais les incitations aux compétences et aux fournisseurs locaux, mais la préférence ne fait pas la capacité. L’ordonnance de 2025 sur les incitations à l’investissement exige un programme de compétences locales, de recrutement local et de sous-traitance locale, et permet de vérifier les engagements pris. Les fournisseurs locaux ne se qualifieront qu’au terme d’un développement structuré. La part des achats locaux de Dangote Cement est passée de 72 % à 82 % entre 2023 et 2025, période au cours de laquelle l’entreprise indique avoir investi dans le développement de ses fournisseurs ; l’effet des variations de change sur ces parts n’est pas isolé [S36][S42].
- Les femmes constituent le principal vivier inexploité de talents techniques. Elles représentent 43,9 % de la population active camerounaise, mais environ 11 % des effectifs sidérurgiques dans le monde. Pour les atteindre, il faut une voie juridique permettant de lever l’interdiction du travail de nuit des femmes dans l’industrie posée par le Code du travail de 1992, qui reprend la convention n° 89 de l’OIT, toujours en vigueur pour le Cameroun ; une filière par les écoles et les bourses ; et des installations et règles de conduite conçues pour un personnel mixte [S14][S51][S33][S69][S73].
- La sécurité doit être la première compétence enseignée. En 2021, 15,4 % des actifs de la région du Sud déclaraient un accident du travail au cours de l’année écoulée et 6,6 % seulement étaient assurés ; les meilleures entreprises sidérurgiques restent sous le seuil d’un accident avec arrêt par million d’heures travaillées. Combler cet écart suppose des habilitations certifiées pour les tâches critiques, un passeport sécurité commun à la zone et des encadrants qui exercent leur autorité sur le terrain [S12][S51].
Sommaire
12 chapitres, 4 annexes
Chaque chapitre s’ouvre sur sa conclusion. Les annexes donnent la méthode, le glossaire et la liste des sources.
- SynthèseSynthèse13 min · 1 fig.
- Chapitre 1Une aciérie crée des centaines d’emplois qualifiés et durables, et une chaîne d’approvisionnement plusieurs fois plus vaste14 min · 2 fig.
- Chapitre 2Le Cameroun dispose de jeunes travailleurs en abondance, mais de peu d’emplois industriels formels pour les former14 min · 3 fig.
- Chapitre 3Le Cameroun dispose des écoles dont une sidérurgie a besoin, mais pas encore de la métallurgie, des ateliers ni des liens avec l’industrie12 min · 3 fig.
- Chapitre 4Les lacunes critiques se situent à l’aciérie, à la coulée continue et dans l’encadrement, et la certification est le maillon le plus faible13 min · 4 fig.
- Chapitre 5Les modèles de formation efficaces associent école, usine et équipementier, et commencent des années avant la production13 min · 3 fig.
- Chapitre 6Le contenu local ne multiplie les emplois d’une aciérie que si les fournisseurs sont développés, et pas seulement privilégiés14 min · 3 fig.
- Chapitre 7Les femmes forment 44 % de la population active camerounaise, mais un sidérurgiste sur dix dans le monde ; une usine nouvelle peut faire mieux dès sa conception13 min · 1 fig.
- Chapitre 8La sécurité est une compétence qui se forme, se certifie et s’encadre, et dans la région du Sud elle part d’un niveau bas13 min · 4 fig.
- Chapitre 9Un plan d’effectifs illustratif : environ 500 personnes formées avant la première coulée, et une cascade qui atteint 900 à 1 30016 min · 3 fig.
- Chapitre 10Douze actions permettraient de disposer d’une main-d’œuvre camerounaise formée avant la première coulée13 min · 1 fig.
- Chapitre 11Lacunes de connaissance : ce que l’on ne sait pas encore, et comment y remédier7 min
Annexes
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CS-WP-08
Cameroon Steel (2026). Le Cameroun peut doter sa sidérurgie de ses propres compétences si la formation commence avant le four. Livre blanc 08, CS-WP-08. https://www.cameroon-steel.com/fr/bibliotheque/skills-for-steel/
- Référence
- CS-WP-08
- Édition
- 10 octobre 2026
- Statut
- Première édition
- Diffusion
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