Chaîne de valeur
Du minerai aux ouvrages, tonne par tonne.
Une aciérie n’est pas une usine isolée : c’est un maillon. Le minerai, l’énergie, le transport, la transformation et les marchés forment une seule chaîne, et c’est la chaîne entière qui crée la valeur. Cette page la décrit telle qu’elle existe au Cameroun, et telle qu’elle pourrait se compléter.
- Minerai≈ 176 ktderrière le fer préréduit ; extrait et réduit à l’étranger en phase 1
- Fer≈ 362 kt109 kt de fer préréduit et 254 kt de ferraille dans la charge du four
- Acier liquide≈ 319 ktcoulées du four à arc
- Billette≈ 313 ktcoulées en continu, coupées à longueur
- Barre≈ 300 ktrond à béton et fil machine
- Ouvrage≈ 300 ktles mêmes tonnes, dans les bâtiments, les ponts et les ouvrages portuaires
DérivéTonnes par an dans le cas de référence de la phase 1 : 300 kt de produits, 30 % de fer préréduit dans la charge. Six états de la matière, six changements de valeur.
1,21Mt/an
Charge métallique, ferraille et fer préréduit (DRI), pour 1 Mt de produits finis
Source
Cameroon Steel, configuration de référence RC-1 (édition du 10 octobre 2026) : capacités × hypothèses de planification RC-1 (rendements de 0,88 et 0,94, 30 % de fer préréduit, camions de 30 t, 300 jours) ; estimation de planification, et non valeur de conception
1Mt/an
Capacité de conception visée, réalisée par phases
Source
Cameroon Tribune, « Industrialisation : la voie royale de l’émergence », 2 janvier 2025
412 049t
Importations camerounaises de fonte, fer et acier (chapitre 72) en 2025
Source
INS Cameroun, Évolution du commerce extérieur en 2025 (version provisoire), février 2026
ins-cameroun.cm/wp-content/uploads/2026/04/Note-sur-le-comme
64Mt/an
Capacité minière de fer en développement au Cameroun : 9 % du portefeuille mondial, 4e rang derrière l’Australie, la Chine et la Guinée
Source
Global Energy Monitor, Pedal to the Metal 2026, mai 2026
globalenergymonitor.org/sites/default/files/2026-05/Pedal%20
La chaîne telle qu’elle est
Ce qui existe, ce qui se construit, ce qui reste à faire.
Le Cameroun a déjà des maillons solides : un port en eau profonde, des laminoirs, un réseau électrique à dominante hydraulique. Il lui manque surtout l’amont, le fer et les billettes, et le transport du minerai.
- Existant
- En construction
- Prévu par Cameroon Steel
- Porté ou proposé par des tiers
- Option de long terme
- Maillon manquant
Ressource
Gisements de fer
Mbalam, Lobé, Bipindi–Grand Zambi, Nkout : projets miniers en développement, portés par des tiers, sans exportation régulière à ce jour.
Porté ou proposé par des tiers
Ferraille nationale
Couvre environ 40 % des besoins des aciéries existantes.
Existant
Électricité à dominante hydraulique
Environ 90 % de la production en 2025 (ARSEL).
Existant
Concentré de qualité réduction directe
Démontré en essais, mais aucune usine de concentration ni de bouletage n’est prévue à ce jour.
Maillon manquant
Transport
Port en eau profonde de Kribi
Quai à 16 m ; 12,7 Mt traitées en 2025.
Existant
Ligne 225 kV et poste de Kribi
Mise en service annoncée fin 2026.
En construction
Voie ferrée Mbalam–Kribi
Contrat de PPP signé en 2022, non construite.
Porté ou proposé par des tiers
Voie ferrée Édéa–Kribi–Lolabé–Campo
Protocole d’accord du 4 juin 2026.
Porté ou proposé par des tiers
Transformation
Aciéries et relamineurs de Douala
Environ 1,2 Mt/an installées, utilisées à environ 50 % : billettes et ferraille manquent, et la presse fait état de stocks invendus (septembre 2026). Pour le rond à béton, la capacité dépasse largement la demande.
Existant
Aciérie électrique de Kribi, phase 1
Four à arc, coulée continue, laminoirs à barres et à fil.
Prévu par Cameroon Steel
Laminoirs à profilés et à poutrelles
Phases 2 et 3, vers 1 Mt/an.
Prévu par Cameroon Steel
Module de réduction directe
Pour le minerai camerounais, si le concentré et le gaz sont réunis.
Option de long terme
Produits
Ronds à béton
Produits localement ; importations suspendues depuis 2016.
Existant
Billettes
161 kt importées en 2023 : la première importation sidérurgique.
Maillon manquant
Produits plats
Laminés à chaud, à froid et revêtus : entièrement importés.
Maillon manquant
Profilés et poutrelles lourdes
Importés ; visés par les phases 2 et 3.
Prévu par Cameroon Steel
Usages
Logement
Déficit estimé de 1,8 à 2,0 millions de logements (CAHF, 2024).
Existant
Infrastructures publiques
Ponts, routes, ports, énergie : le BTP a crû de 4,3 % en 2025 (INS).
Existant
Industrie et énergie
Charpentes, bâtiments industriels, pylônes, réservoirs.
Existant
Marchés voisins
Le Cameroun exporte déjà des barres, surtout vers le Tchad.
Existant
Le flux de matière
Une chaîne de 1 Mt/an, en tonnes.
Chaque ruban a l’épaisseur de son tonnage ; chaque particule avance à une vitesse proportionnelle à ce tonnage. La couleur suit la température, du blanc du four à l’acier refroidi. Basculez entre les phases pour voir la chaîne grandir.
- AFer préréduit importé 363 kt
- BFerraille, locale et importée 846 kt
- CAjouts et fondants (solde) 20 kt
- Ronds à béton et fil machine 300 kt
- Cornières, U et plats 200 kt
- Poutrelles H et profilés lourds 500 kt
- Laitier, vers granulats 149 kt
- Poussières, filière agréée 16 kt
- Calamine 20 kt
- Chutes, refondues 44 kt
Tableau des flux (tonnes par an)
| Flux | Phase 1 · 0,3 Mt/an | Phases 1+2 · 0,5 Mt/an | Complet · 1 Mt/an |
|---|---|---|---|
| Fer préréduit importé → Four à arc et four-poche | 109 kt | 181 kt | 363 kt |
| Ferraille, locale et importée → Four à arc et four-poche | 254 kt | 423 kt | 846 kt |
| Ajouts et fondants (solde) → Four à arc et four-poche* | 6 kt | 10 kt | 20 kt |
| Four à arc et four-poche → Acier liquide | 319 kt | 532 kt | 1 064 kt |
| Four à arc et four-poche → Laitier, vers granulats | 45 kt | 74 kt | 149 kt |
| Four à arc et four-poche → Poussières, filière agréée | 5 kt | 8 kt | 16 kt |
| Acier liquide → Billettes, coulées puis laminées | 319 kt | 532 kt | 1 064 kt |
| Billettes, coulées puis laminées → Ronds à béton et fil machine | 300 kt | 300 kt | 300 kt |
| Billettes, coulées puis laminées → Cornières, U et plats | – | 200 kt | 200 kt |
| Billettes, coulées puis laminées → Poutrelles H et profilés lourds | – | – | 500 kt |
| Billettes, coulées puis laminées → Calamine | 6 kt | 10 kt | 20 kt |
| Billettes, coulées puis laminées → Chutes, refondues* | 13 kt | 22 kt | 44 kt |
kt = milliers de tonnes. * Postes de bouclage calculés pour équilibrer chaque nœud : ajouts = acier liquide + laitier + poussières − charge métallique ; chutes = acier liquide − produits − calamine. RC-1 applique un rendement combiné coulée-laminage de 0,94 : les pertes de coulée et de laminage sont donc regroupées après les billettes.
Illustratif Cameroon Steel, configuration de référence RC-1 (10 octobre 2026) : rendement métallique 0,88 (hypothèse RC-1), laitier 140 kg/t (fourchette de la SFI pour les résidus solides, 2007) et poussières 15 kg/t (hypothèse dans la plage du document de référence européen, 2013), 30 % de fer préréduit (DRI) dans la charge. Illustratif, non contractuel.
Lire les flux
Ce que le four consomme, ce que le laminoir rend.
Pour livrer un million de tonnes de produits finis, la configuration de référence fait entrer environ 1,21 million de tonnes de métal dans le four : de la ferraille et, pour environ 30 %, du fer préréduit importé, qui apporte un fer propre et constant. Le four en sort à peu près 1,06 Mt d’acier liquide ; la différence part dans le laitier et les poussières, et une partie du fer s’oxyde.
Aucun de ces coproduits n’est un déchet par nature. Le laitier de four électrique, environ 149 000 t par an à pleine capacité, se valorise en granulats routiers après traitement. Les poussières de four, dangereuses, doivent être confiées à une filière agréée de récupération du zinc. Les chutes de laminage retournent au four, et la calamine se recycle.
La chaîne a aussi un poids logistique : sans voie ferrée, environ 245 chargements de camion entreraient sur le site ou en sortiraient chaque jour à pleine capacité (charge métallique à l’arrivée, produits finis au départ), et environ 1,24 Mt de charges métalliques et de consommables arriveraient par le port. C’est pourquoi le site se trouve dans la zone que dessert le port en eau profonde, et pourquoi les projets ferroviaires comptent pour la suite.

~149kt/an
Laitier de four électrique à 1 Mt/an (140 kg/t d’acier liquide), valorisable en granulats
Source
RC-1 ; SFI, EHS Guidelines for Integrated Steel Mills (2007), tableau 4 : résidus solides du four électrique de 110 à 180 kg/t, surtout du laitier
~1,24Mt/an
Arrivées portuaires indicatives à pleine capacité : métalliques importés et consommables
Source
Cameroon Steel, configuration de référence RC-1 (édition du 10 octobre 2026) : capacités × hypothèses de planification RC-1 (rendements de 0,88 et 0,94, 30 % de fer préréduit, camions de 30 t, 300 jours) ; estimation de planification, et non valeur de conception ; DRI/HBI importé et ferraille au-delà de l’offre nationale, plus environ 6 % de consommables
~245camions/jour
Chargements de camion entrants et sortants à pleine capacité si tout passait par la route (charge métallique et produits finis ; 30 t, 300 jours/an), avant embranchement ferroviaire
Source
Cameroon Steel, configuration de référence RC-1 (édition du 10 octobre 2026) : capacités × hypothèses de planification RC-1 (rendements de 0,88 et 0,94, 30 % de fer préréduit, camions de 30 t, 300 jours) ; estimation de planification, et non valeur de conception
~94MW
Puissance moyenne appelée à 1 Mt/an (≈ 753 GWh/an), avant pointes du four
Source
Cameroon Steel, configuration de référence RC-1 (édition du 10 octobre 2026) : capacités × électricité par tonne ; four à arc 450 kWh/t (fourchette SFI de 347 à 500) et laminage 110 kWh/t (fourchette SFI de 70 à 140), réchauffage par induction 300 kWh/t et auxiliaires 70 kWh/t (hypothèses RC-1) ; estimation de planification, et non valeur de conception
Le constat
Le pays importe d’abord des billettes.
Le tonnage importé du chapitre 72 a plus que doublé entre 2019 et 2025. La composition montre où se trouve l’écart : en valeur, près de la moitié est faite de billettes, le demi-produit qui alimente les laminoirs du pays.
kt
2019 : 182 890 t ; 2020 : 278 981 t ; 2021 : 297 633 t ; 2022 : 283 589 t ; 2023 : 304 062 t ; 2024 : 309 682 t ; 2025* : 412 049 t. * 2025 : chiffres provisoires.
Sourcé INS Cameroun, Évolution du commerce extérieur, notes annuelles 2019 à 2025 (2025 : chiffres provisoires, février 2026). * 2025 : chiffres provisoires.
M$ US
Billettes et demi-produits (SH 7207) : 151,7 M$ US ; Laminés à froid (SH 7209) : 52 M$ US ; Produits plats revêtus (SH 7210) : 32,2 M$ US ; Profilés (SH 7216) : 26,3 M$ US ; Laminés à chaud (SH 7208) : 18,3 M$ US ; Fil machine (SH 7213) : 8,1 M$ US ; Fils (SH 7217) : 5,1 M$ US ; Ronds à béton et barres (SH 7214) : 3,3 M$ US.
Les billettes représentent environ 49 % de la valeur des importations du chapitre 72 en 2023 (dérivé).
Sourcé UN Comtrade (interface publique), Cameroun (déclarant 120), importations de 2023, chapitre 72 du SH et lignes à 6 chiffres
182 890t
Importations du chapitre 72 en 2019, contre 412 049 t en 2025 (+125 %)
Source
INS Cameroun, notes annuelles sur le commerce extérieur 2019 à 2025
ins-cameroun.cm/wp-content/uploads/2026/04/Note-sur-le-comme
161kt
Billettes importées en 2023, première importation sidérurgique (78 % d’Indonésie)
~1,2Mt/an
Capacité installée de transformation de l’acier au Cameroun, utilisée à environ 50 % : billettes et ferraille manquent, et la presse fait état de plus de 30 milliards de FCFA de stocks invendus (septembre 2026)
Source
Sikafinance, 30 septembre 2026 ; Camer.be, 1er octobre 2026 ; Cameroun24, 10 octobre 2026 (chiffres de la profession)
www.sikafinance.com/marches/cameroun-le-groupe-prometal-decr
~40%
Part des besoins des aciéries couverte par la ferraille locale ; le reste est importé, surtout en billettes
Source
Sikafinance, 30 septembre 2026 ; Cameroun24, 10 octobre 2026
cameroun24.net/article/76267-40-millions-d-euros-d-afreximba
31 033t
Barres exportées par le Cameroun en 2025 (SH 7214), surtout vers le Tchad
Source
INS Cameroun, Évolution du commerce extérieur en 2025 (version provisoire) ; destinations : UN Comtrade 2023
ins-cameroun.cm/wp-content/uploads/2026/04/Note-sur-le-comme

Où la valeur se crée
La valeur reste là où la matière change d’état.
À chaque étape, la matière gagne en valeur parce qu’elle gagne en précision : composition chimique, dimensions, propriétés mécaniques, traçabilité. Importer des billettes, c’est payer à l’étranger la fusion, l’affinage et la coulée ; importer des poutrelles, c’est y payer aussi le laminage. Chaque maillon repris au pays garde sur place des emplois qualifiés, des devises et des compétences.
L’ordre compte. Le Cameroun lamine déjà ses ronds à béton ; ce qui manque, ce sont les maillons amont et les produits que personne ne fabrique encore. C’est l’ordre dans lequel Cameroon Steel prévoit de construire : l’acier liquide et les billettes d’abord, puis les profilés et les poutrelles, et à terme le fer issu du minerai national.
15%
Part minimale de la production minière destinée à la transformation locale (Code minier 2023, art. 40(4))
Source
Loi n° 2023/014 du 19 décembre 2023 portant Code minier, art. 40(4)
15%
Part de la production de Mbalam que la convention de Cameroon Mining Company prévoirait de transformer localement, selon la presse ; le même article présente Cameroon Steel comme le futur pôle sidérurgique national du programme de Mbalam
Source
Camer.be via AllAfrica, « Cameroon Mining Company confirme l’entrée du projet Mbalam dans sa phase irréversible d’exécution », 12 décembre 2025
Pour aller plus loin
Approfondir la chaîne de valeur.
- InstitutionsSubstitution aux importations, devises, transformation locale.
- FournisseursFerraille, consommables, transport, maintenance.
- ClientsCe que l’aciérie produira, et quand.
- Le procédéComment chaque étape transforme la matière.
Livres blancs
WP01Chaîne de valeurDu minerai à l’acier : le chaînon manquant du Cameroun est la production de fer, pas le laminage
WP04MarchéLe déficit d’acier du Cameroun porte sur les unités de fer, pas sur le rond à béton
WP09ÉconomieL’acier national n’économise des devises que s’il est compétitif aux prix frontière
WP02Site et logistiqueKribi peut devenir la plateforme sidérurgique de l’Afrique centrale si les infrastructures suivent
Visualisation Couvertures : images de synthèse, qui ne représentent pas une installation existante.
Outils Labs
- Explorateur de chaîne de valeurCombien de tonnes entrent et sortent à chaque étape, du minerai au produit fini ?
- Simulateur de substitution aux importationsQuelle part des importations d’acier une production locale pourrait-elle remplacer ?
- Simulateur logistiqueCombien de navires, de camions et de trains pour faire tourner l’usine ?