Livre blanc 08 · Chapitre 2 · Édition française
Le Cameroun dispose de jeunes travailleurs en abondance, mais de peu d’emplois industriels formels pour les former
Le marché du travail camerounais ne manque pas de bras ; il manque d’emplois formels et qualifiés, et de l’expérience que seuls de tels emplois procurent. Environ 730 000 jeunes Camerounais atteignent chaque année l’âge de travailler selon les estimations de la Banque mondiale, ou environ 550 000 si le dénombrement provisoire du recensement de 2026 est confirmé, alors que l’observatoire national de l’emploi a recensé environ 197 000 emplois nouveaux en 2025 [S14][S19][S17]. Le chômage ouvert paraît faible, à 6,1 % selon la définition de l’enquête nationale en 2021, mais il masque deux réalités plus dures : plus de la moitié des actifs occupés (56,4 %) sont en sous-emploi, et le chômage augmente avec le niveau d’études, jusqu’à 17,6 % chez les diplômés du supérieur et 28,2 % chez les diplômées [S12]. Un actif occupé sur vingt seulement a un emploi formel dans le secteur privé [S12]. Pour une aciérie, cela signifie un vaste vivier de candidats scolarisés, mais très peu dotés d’une expérience industrielle, et la responsabilité de construire cette expérience plutôt que de la recruter.
Dans ce chapitre (7)
- 2.1 Une population jeune ajoute chaque année de 550 000 à 730 000 personnes en âge de travailler
- 2.2 Le chômage ouvert est faible ; le sous-emploi est le vrai problème
- 2.3 Au Cameroun, plus d’études a signifié plus de chômage
- 2.4 Un actif sur vingt seulement occupe un emploi formel dans le secteur privé
- 2.5 La région du Sud travaille davantage, mais forme et assure moins
- 2.6 D’où viendra le personnel d’une aciérie
- 2.7 Ce que cela implique pour une aciérie
2.1 Une population jeune ajoute chaque année de 550 000 à 730 000 personnes en âge de travailler
La population du Cameroun a atteint environ 29,9 millions d’habitants en 2025 et croît de 2,6 % par an ; 41,1 % des Camerounais ont moins de 15 ans et 56,1 % ont entre 15 et 64 ans [S14]. Le pays est désormais majoritairement urbain, à 55,7 % [S14]. La cohorte âgée aujourd’hui de 10 à 14 ans compte environ 3,64 millions de personnes, ce qui signifie qu’environ 728 000 jeunes atteindront l’âge de 15 ans au cours de chacune des cinq prochaines années ; la population âgée de 15 à 24 ans s’élève déjà à environ 5,95 millions [S14]. La population active, selon les estimations modélisées de l’Organisation internationale du Travail (OIT), était d’environ 11,5 millions de personnes en 2025, dont 43,9 % de femmes [S14].
Il s’agit d’estimations de la Banque mondiale. Le quatrième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH4) a achevé son dénombrement en octobre 2026 avec environ 22,7 millions de résidents recensés [S19], soit environ 24 % de moins que le chiffre de la Banque mondiale pour 2025. Si le dénombrement provisoire de 22,7 millions issu du recensement de 2026 est confirmé, cette cohorte serait ramenée à environ 550 000 personnes (728 122 × 22,7 / 29,9), et les autres chiffres absolus de cette section baisseraient dans la même proportion ; les taux et les parts utilisés dans ce chapitre, qui proviennent d’enquêtes, ne sont pas affectés. Jusqu’à la publication des résultats définitifs du recensement, ce livre blanc présente les deux valeurs (figure 2.1).
Ces chiffres donnent la mesure de tout projet industriel. Une aciérie de 500 à 1 300 emplois directs ne modifiera pas les agrégats nationaux du marché du travail ; le défi du Cameroun se compte en centaines de milliers. Ce qu’une aciérie peut faire est différent et, pour les compétences, plus important : elle peut créer un terrain de formation où plusieurs milliers de Camerounais acquièrent des compétences industrielles au cours de sa vie, et ancrer à Kribi une grappe où ces compétences seront réemployées. KPIZ S.A., société créée en février 2026 pour développer la Zone industrialo-portuaire de Kribi, prévoit que la zone dans son ensemble génère jusqu’à 150 000 emplois directs et indirects en 15 ans [S38].
Source : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde, population âgée de 10 à 14 ans en 2025 divisée par cinq (calcul de Cameroon Steel) [S14] ; dénombrement provisoire du recensement de 2026, Journal du Cameroun, 5 octobre 2026 [S19] ; Observatoire national de l’emploi et de la formation professionnelle (ONEFOP), cité par Cameroon Tribune, 8 mai 2026 [S17].
La comparaison de la figure 2.1 n’est pas une mesure du chômage : beaucoup de jeunes poursuivent leurs études, travaillent dans l’exploitation ou l’entreprise familiale, ou exercent une activité informelle qu’aucun registre ne recense. Elle montre toutefois pourquoi les emplois industriels assortis d’une formation ont une valeur qui dépasse leur nombre. Chaque emploi technique formel est un lieu où un jeune peut convertir sa scolarité en compétence reconnue.
2.2 Le chômage ouvert est faible ; le sous-emploi est le vrai problème
Le taux de chômage ouvert du Cameroun est faible au regard des standards internationaux. L’estimation modélisée de l’OIT le situe à 3,6 % de la population active en 2025, et le chômage des jeunes (15 à 24 ans) à 6,5 % [S14]. La troisième enquête sur l’emploi et le secteur informel (EESI3) de l’Institut national de la statistique (INS), menée de mai à juillet 2021, a mesuré un taux de chômage au sens du BIT de 6,1 % pour les personnes de 14 ans et plus [S12]. Le chômage se concentre dans les villes : 15,4 % à Douala, 11,7 % à Yaoundé, 9,4 % en milieu urbain dans son ensemble et 1,6 % en milieu rural [S12]. En milieu urbain, il atteint 22,0 % chez les 20 à 24 ans, et 31,5 % chez les jeunes citadines de cet âge [S12].
Le chômage ne saisit toutefois que les personnes sans aucun travail qui en recherchent activement un. L’indicateur plus large qu’utilise l’INS, le sous-emploi global, compte aussi les personnes qui travaillent moins d’heures qu’elles ne le souhaitent (sous-emploi visible) et celles dont le revenu tiré de l’emploi principal est inférieur au salaire horaire minimum (sous-emploi invisible). Il s’établissait à 56,4 % des actifs occupés de 14 ans et plus en 2021. Sur la série comparable aux enquêtes antérieures, qui porte sur les personnes de 10 ans et plus, il est passé de 70,6 % en 2010 à 61,4 % en 2021 ; la stratégie nationale de développement, la SND30, vise moins de 50 % en 2030 [S12][S41]. Selon l’indicateur composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre de l’OIT, qui ajoute au chômage le sous-emploi lié au temps de travail et la main-d’œuvre potentielle, 26,2 % de la main-d’œuvre élargie était sous-utilisée en 2021 [S12].
Tableau 2.1 Indicateurs du marché du travail camerounais utiles au recrutement industriel
| Indicateur | Valeur | Année | Source |
|---|---|---|---|
| Population | 29,9 millions | 2025 | Banque mondiale, WDI [S14] |
| Population, dénombrement provisoire du recensement (RGPH4) | 22,7 millions | 2026 | Journal du Cameroun [S19] |
| Croissance démographique | 2,6 % par an | 2025 | Banque mondiale, WDI [S14] |
| Part des moins de 15 ans | 41,1 % | 2025 | Banque mondiale, WDI [S14] |
| Population âgée de 15 à 24 ans | environ 5,95 millions | 2025 | Cohortes WDI, somme calculée par Cameroon Steel [S14] |
| Population active (modélisation OIT) | 11,5 millions, dont 43,9 % de femmes | 2025 | Banque mondiale, WDI [S14] |
| Taux d’activité des femmes et des hommes (modélisation OIT) | 56,6 % et 73,9 % | 2025 | Banque mondiale, WDI [S14] |
| Chômage (modélisation OIT), ensemble et 15 à 24 ans | 3,6 % et 6,5 % | 2025 | Banque mondiale, WDI [S14] |
| Chômage au sens du BIT, 14 ans et plus (enquête nationale) | 6,1 % ; Douala 15,4 % ; Yaoundé 11,7 % | 2021 | INS, EESI3 [S12] |
| Sous-emploi global, 14 ans et plus | 56,4 % (10 ans et plus : 61,4 %, contre 70,6 % en 2010) | 2021 | INS, EESI3 [S12] |
| Part de l’emploi dans le secteur informel | 86,6 % | 2021 | INS, EESI3 [S12] |
| Part de l’emploi dans le secteur privé formel | 5,1 % | 2021 | INS, EESI3 [S12] |
| Part des salariés dans l’emploi | 38,6 % | 2021 | INS, EESI3 [S12] |
| Emploi dans l’industrie (modélisation OIT) | 14,6 % | 2025 | Banque mondiale, WDI [S14] |
| Emploi vulnérable (travailleurs à leur compte et aides familiaux) | 67,6 % | 2025 | Banque mondiale, WDI [S14] |
| Jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation (série harmonisée OIT) | 23,2 % ; femmes 30,4 %, hommes 14,7 % | 2021 | Banque mondiale, WDI [S14] |
| Revenu mensuel moyen et médian tiré de l’emploi principal | 75 700 et 45 000 FCFA | 2021 | INS, EESI3 [S12] |
| Salaire minimum national, secteur non agricole | 60 000 FCFA par mois | 2023 | Décret n° 2023/00338/PM [S34] |
Source : comme indiqué dans le tableau. Les estimations modélisées de l’OIT sont des séries internationales harmonisées dont la définition et les tranches d’âge diffèrent de celles de l’enquête nationale.
2.3 Au Cameroun, plus d’études a signifié plus de chômage
Pour un employeur industriel, le trait le plus frappant du marché du travail camerounais est que le chômage augmente avec le niveau d’études. En 2021, le taux de chômage au sens du BIT était de 1,6 % chez les personnes non scolarisées, de 6,1 % chez celles ayant le niveau du premier cycle du secondaire, de 9,5 % pour le second cycle et de 17,6 % pour l’enseignement supérieur [S12]. L’écart entre femmes et hommes se creuse à chaque niveau et culmine chez les diplômés : 28,2 % des femmes diplômées du supérieur étaient au chômage, contre 12,1 % des hommes (figure 2.2). La série de la Banque mondiale, fondée sur la même enquête, montre le même profil : un chômage de 18,8 % chez les personnes ayant un niveau d’instruction avancé, contre 4,4 % chez celles ayant un niveau de base [S14]. Les diplômés sont aussi le seul groupe dont le sous-emploi global a augmenté entre 2010 et 2021, de 44,3 % à 49,9 % [S12].
Source : INS, EESI3 phase 1, rapport principal sur l’emploi, tableau 4.1 [S12].
Trois explications sont généralement avancées, et toutes trois concernent une aciérie. Premièrement, les jeunes diplômés font la queue pour des emplois formels et salariés, qui sont rares, plutôt que d’entrer dans l’informel ; les chômeurs interrogés par l’INS souhaitaient en moyenne 188 625 FCFA par mois et déclaraient ne pas accepter moins de 122 780 FCFA, bien au-dessus du revenu médian national de 45 000 FCFA [S12]. Deuxièmement, une grande part de l’enseignement supérieur a été générale plutôt que technique, si bien que les diplômés manquent souvent des compétences pratiques que recherchent les employeurs. Troisièmement, les liens entre écoles et employeurs sont ténus : seuls 1,1 % des chômeurs ont eu recours à un service public de l’emploi ou à une agence de placement pour chercher du travail, tandis que 34,5 % comptaient sur la famille et les amis [S12].
Pour Cameroon Steel et les autres employeurs industriels, la première explication est une opportunité : un emploi formel et technique, assorti d’une formation et d’une perspective de carrière, est précisément ce qu’attendent les jeunes Camerounais diplômés. Les deuxième et troisième explications sont le problème que traite ce livre blanc. Un diplôme est un point de départ, non une compétence, et l’usine devra travailler avec les écoles pour combler la distance entre les deux.
2.4 Un actif sur vingt seulement occupe un emploi formel dans le secteur privé
L’emploi camerounais est très majoritairement informel. En 2021, le secteur informel non agricole représentait 52,0 % des emplois et l’agriculture informelle 34,7 % ; le secteur public employait 8,2 % des actifs et le secteur privé formel seulement 5,1 % (figure 2.3) [S12]. Le tableau est comparable pour les jeunes actifs de 14 à 34 ans : 5,7 % dans le secteur privé formel et 59,2 % dans le secteur informel non agricole [S12]. Selon les estimations modélisées de l’OIT, 67,6 % de l’emploi est « vulnérable », c’est-à-dire exercé à son propre compte ou comme aide familial [S14].
Source : INS, EESI3 phase 1, rapport principal sur l’emploi, tableau 3.7 [S12].
Les conséquences pour les compétences industrielles sont directes. La plupart des travailleurs camerounais acquièrent leurs compétences sur le tas dans de petites entreprises informelles : parmi le quart de la population de 14 ans et plus ayant suivi une formation professionnelle, 39,3 % avaient appris sur le tas, et 18,9 % seulement dans un institut ou un centre de formation [S12]. L’apprentissage informel en atelier produit de réelles compétences en soudage, en mécanique et en électricité, mais il enseigne rarement les procédures, les normes et les disciplines de sécurité qu’exige une usine à procédé continu, et il débouche rarement sur un certificat auquel un employeur puisse se fier. Le secteur privé formel camerounais est, quant à lui, de petite taille, si bien que peu de jeunes ont eu l’occasion d’y travailler. Ce secteur pratique en outre de longues durées de travail, 51,6 heures par semaine en moyenne pour une durée légale de 40 heures dans les établissements non agricoles [S12], ce qui rappelle que les régimes de quarts d’une aciérie doivent être conçus et dotés correctement dès le départ.
Les emplois de l’acier seraient en outre relativement bien rémunérés au regard des standards nationaux. Le revenu mensuel moyen dans le secteur privé formel était de 118 200 FCFA en 2021, et le revenu médian de 90 000 FCFA, contre une médiane nationale de 45 000 FCFA et un salaire minimum de 60 000 FCFA fixé en 2023 [S12][S34]. Ces écarts rendent les emplois industriels formels attractifs et la fidélisation gérable, à condition que ces emplois s’accompagnent de formation et de progression. Ils signifient aussi qu’une fois formés, les techniciens seront recherchés par d’autres employeurs, argument en faveur d’une formation à l’échelle du secteur plutôt que propre à une seule entreprise (chapitre 10).
2.5 La région du Sud travaille davantage, mais forme et assure moins
La Zone industrialo-portuaire de Kribi se trouve dans la région du Sud, département de l’Océan. L’enquête EESI3 montre un marché du travail régional aux traits distinctifs [S12] :
- Activité et emploi élevés. Le Sud affiche le taux d’activité le plus élevé de toutes les régions d’enquête, 64,9 %, et le taux d’emploi le plus élevé, 63,5 % ; son taux d’emploi des jeunes (15 à 34 ans) est de 52,6 %, juste derrière l’Est.
- Chômage ouvert faible. Le taux de chômage au sens du BIT dans le Sud était de 2,2 % en 2021, contre 6,1 % au niveau national ; il était de 3,5 % pour les femmes et de 1,2 % pour les hommes.
- Formation professionnelle supérieure à la moyenne. 32,2 % des personnes de 14 ans et plus du Sud avaient suivi une formation professionnelle, contre 25,0 % au niveau national, et une part plus importante qu’ailleurs l’avait fait au niveau secondaire et post-secondaire.
- Accidents fréquents et faible couverture d’assurance. 15,4 % des actifs occupés du Sud déclaraient un accident du travail au cours des douze derniers mois, contre 9,1 % au niveau national, et 6,6 % seulement bénéficiaient d’une couverture d’assurance dans leur emploi principal (chapitre 8).
Un chômage faible dans une région largement rurale signifie que la plupart des gens travaillent, souvent dans l’agriculture, la pêche, le petit commerce ou les services informels, et non que de la main-d’œuvre qualifiée reste inemployée. Le recrutement d’une aciérie à Kribi puisera donc dans trois viviers : les jeunes de la région du Sud, qui ont besoin d’être formés ; les techniciens expérimentés de Douala et de Yaoundé, qui s’installeront si les emplois sont attractifs ; et un vivier national de diplômés des écoles d’ingénieurs et des IUT du pays (chapitre 3).
Kribi a connu une croissance rapide avec le port en eau profonde, mais sa population actuelle n’est pas connue avec précision. Le dernier recensement dont les résultats locaux ont été publiés, en 2005, dénombrait 70 565 habitants dans les deux communes de Kribi, 29 886 à Kribi 1er et 40 679 à Kribi 2e [S62] ; le recensement de 2026 n’avait publié aucun résultat par commune à la date de rédaction [S19]. Tout plan qui recrute plusieurs centaines de travailleurs sur place, et en fait venir plusieurs centaines d’autres pendant la construction, requiert de meilleures données sur le vivier local de main-d’œuvre, le logement et les services ; ce point figure parmi les lacunes de connaissance recensées au chapitre 11.
2.6 D’où viendra le personnel d’une aciérie
Les données d’enquête permettent une première esquisse des viviers dans lesquels recruterait un employeur de Kribi, et de leurs caractéristiques.
Les jeunes de la région du Sud. Les jeunes de la région travaillent plus souvent que leurs pairs d’autres régions, mais surtout dans l’agriculture, la pêche, le petit commerce et les services informels, et ils ont été davantage exposés à la formation professionnelle que la moyenne nationale [S12]. Ce sont les recrues naturelles des postes d’opérateur, de parc, d’expédition et de soutien, ainsi que des premières promotions d’apprentis, à condition que la formation soit proposée à proximité et que la sélection récompense l’aptitude plutôt qu’une expérience industrielle préalable.
Les diplômés des grandes villes. Douala et Yaoundé concentrent à la fois les établissements qui forment techniciens et ingénieurs et les taux de chômage les plus élevés du pays : respectivement 15,4 % et 11,7 % en 2021, et bien davantage chez les jeunes diplômés [S12]. Les diplômés au chômage ou en sous-emploi des filières mécanique, électrique, chimique et industrielle constituent la source la plus rapide de techniciens et de jeunes ingénieurs, à condition qu’ils acceptent de s’installer à Kribi et qu’on leur propose une formation de reconversion structurée.
Les travailleurs industriels expérimentés. Les laminoirs, tréfileries et usines de treillis, cimenteries, brasseries, centrales électriques et opérateurs portuaires de Douala emploient des personnes qui ont des années d’expérience en maintenance, en électricité, en laminage et en logistique. Les seules entreprises sidérurgiques et métallurgiques du pays employaient, selon la presse, environ 5 000 personnes en 2026 [S08]. Ces travailleurs sont les recrues les plus précieuses pour les postes d’encadrement et de technicien supérieur des premières années, mais les recruter revient à prendre des compétences à d’autres employeurs ; un plan responsable associe un nombre limité d’embauches expérimentées à un effort de formation important, plutôt que de compter sur le débauchage.
Les migrants et la diaspora. Un actif occupé sur cinq au Cameroun est un migrant interne, et dans la région du Littoral hors Douala la proportion atteint 43 % [S12], signe que les travailleurs camerounais se déplacent pour l’emploi. Les ingénieurs et techniciens camerounais qui travaillent à l’étranger, y compris dans la sidérurgie et d’autres industries lourdes, forment un vivier supplémentaire qu’aucune statistique ne mesure à ce jour ; une campagne de recrutement ciblée pourrait les atteindre.
Deux autres caractéristiques du marché du travail jouent en faveur d’un employeur qui forme. L’emploi, une fois obtenu, est stable : l’ancienneté moyenne dans l’emploi était de 10,6 ans en 2021, ce que l’INS interprète comme le signe d’une très faible mobilité professionnelle [S12]. Et l’âge moyen des actifs occupés était de 38,3 ans [S12] ; une usine qui recrute surtout des jeunes devra donc préparer la relève de son encadrement en interne plutôt que par le recrutement externe.
2.7 Ce que cela implique pour une aciérie
Quatre conséquences en découlent pour tout employeur de l’industrie lourde à Kribi.
- Recruter sur le potentiel, former à la compétence. La sélection devrait évaluer l’aptitude, le calcul, le raisonnement mécanique et l’attitude face à la sécurité plutôt qu’une expérience industrielle préalable, que peu de candidats auront. Les budgets et calendriers de formation doivent être dimensionnés en conséquence.
- Mobiliser les diplômés sans emploi. Les diplômés des IUT et des écoles d’ingénieurs au chômage ou en sous-emploi à Douala et à Yaoundé sont une source immédiate de techniciens et d’ingénieurs, à condition que l’usine propose une formation de reconversion structurée.
- Recruter localement là où la formation peut être locale. Les postes d’opérateur et de soutien peuvent être pourvus en grande partie dans la région du Sud si la formation commence assez tôt ; les postes de technicien et d’ingénieur feront d’abord appel au vivier national.
- Anticiper la concurrence. À mesure que la Zone industrialo-portuaire de Kribi se développera, les opérateurs portuaires, les producteurs d’énergie, les cimenteries et les usines agro-industrielles se disputeront les mêmes techniciens de maintenance et électriciens. Une filière de formation partagée coûte moins cher qu’une guerre des salaires.
Le chapitre suivant examine les établissements qui alimenteraient cette filière.
Sources citées dans ce chapitre
Les repères entre crochets renvoient à ces sources ; la liste complète figure en annexe. Liste complète des sources
- S14World Development Indicators, Cameroun : population par âge, population active, indicateurs du travail modélisés par l’OIT, indice de capital humain. Banque mondiale, mis à jour le 8 oct. 2026.api.worldbank.org/v2/country/CMR/indicator/SL.UEM.TOTL.ZS?format=json
- S19Cameroun : bouclage du 4e RGPH, 22,7 millions d’habitants recensés (dénombrement provisoire). Journal du Cameroun, 5 oct. 2026.fr.journalducameroun.com/cameroun-bouclage-du-4e-rgph-227-millions-dha…
- S38Zone industrialo-portuaire de Kribi (KPIZ) : jusqu’à +8 points de croissance et 150 000 emplois attendus sur 15 ans. Investir au Cameroun, 4 mars 2026.investiraucameroun.com/gestion-publique/0403-23163-zone-industrialo-po…
- S17Retombées : plus de 197 000 emplois créés en 2025. Cameroon Tribune, 8 mai 2026.cameroon-tribune.cm/article.html/76537/en.html/details_2
- S12Troisième enquête sur l’emploi et le secteur informel (EESI3), phase 1 : enquête emploi, rapport principal (données 2021 ; tableaux 2.9, 3.7, 3.24 et 4.1 cités). Institut national de la statistique (INS), Cameroun, nov. 2023 (fichier de juil. 2025).ins-cameroun.cm/wp-content/uploads/2025/07/EESI3_Rapport-principal_Emp…
- S41Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). République du Cameroun, MINEPAT (copie FAOLEX), 2020.faolex.fao.org/docs/pdf/cmr211554.pdf
- S34Décret n° 2023/00338/PM du 21 mars 2023 (salaire minimum interprofessionnel garanti). Services du Premier ministre (copie FAOLEX), 21 mars 2023.faolex.fao.org/docs/pdf/cmr217528.pdf
- S62Répertoire actualisé des villages du Cameroun, 3e Recensement général de la population et de l’habitat (2005), volume IV, tome 07 (arrondissements de Kribi I et Kribi II). Bureau central des recensements et des études de population (BUCREP) ; copie publiée par l’Institut national de la statistique, recensement de 2005 (rapport non daté).ins-cameroun.cm/wp-content/uploads/2025/06/Repertoire_actualise_villag…
- S08Production : les acteurs en présence. Cameroon Tribune, 11 mai 2026.cameroon-tribune.cm/article.html/76600/fr.html/details_2
Citer ce chapitre
Cameroon Steel (2026). Le Cameroun peut doter sa sidérurgie de ses propres compétences si la formation commence avant le four. Livre blanc 08, chapitre 2 : Le Cameroun dispose de jeunes travailleurs en abondance, mais de peu d’emplois industriels formels pour les former. CS-WP-08. https://www.cameroon-steel.com/fr/bibliotheque/skills-for-steel/labour-market-and-youth/
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