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De la ressource minérale à la valeur industrielle

Livre blanc 07 · Chapitre 11 · Édition française

Lacunes de connaissance : ce que l’on ne sait pas encore, et comment on l’établira

Le présent document repose sur une recherche documentaire : lois et normes publiques, travaux scientifiques publiés, données de réanalyse, cartes publiques et presse. Cela suffit pour poser les bonnes questions et prendre les bons engagements. Cela ne suffit pas pour prévoir les impacts. Il n’existe aucune donnée mesurée sur l’air, le bruit, l’eau, les sols ou l’écologie de la zone du site sidérurgique. Il n’existe aucun recensement des personnes qui vivent alentour. Plusieurs documents importants sont détenus par des organismes publics et n’ont pas été publiés. Le présent chapitre recense les principales lacunes, explique pourquoi chacune compte et précise comment et quand elle sera comblée. Les combler constitue la première phase du travail décrit au chapitre 10.

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8 min
Longueur
1 828 mots
Figures
1
Édition du
10 octobre 2026
Dans ce chapitre (5)
  1. 11.1 Pourquoi les lacunes comptent
  2. 11.2 Les lacunes et la manière de les combler
  3. 11.3 Le calendrier est dicté par les saisons
  4. 11.4 Des questions auxquelles nous ne pouvons répondre seuls
  5. 11.5 Ce que nous ferons de ce que nous apprendrons

11.1 Pourquoi les lacunes comptent

Chaque lacune sépare une affirmation générale d’une prévision précise. Les particules fines de fond modélisées à Kribi dépassent déjà la valeur guide de l’OMS (chapitre 4). Mais la marge laissée au projet dépend de ce que montrera une année de surveillance sur le site. Les petits cours d’eau du plateau pourraient abriter des poissons à aire de répartition restreinte (chapitre 7), et seul un inventaire en hautes et en basses eaux permettra de le savoir. Les terres peuvent avoir été entièrement libérées par leurs anciens utilisateurs, ou être encore cultivées (chapitre 8), et seuls un recensement et une revue des antécédents permettront de le déterminer. Tant que ces questions resteront sans réponse, toute prévision assurée relèverait de la conjecture.

Les lacunes se répartissent en quatre groupes :

  • les états initiaux physiques à mesurer sur le site au fil des saisons ;
  • les inventaires biologiques et les enquêtes sociales à réaliser sur le terrain, avec les communautés ;
  • les documents et données détenus par les autorités publiques et par d’autres projets ;
  • les questions techniques et de marché auxquelles la conception technique doit répondre.

11.2 Les lacunes et la manière de les combler

Tableau 11.1 Principales lacunes de connaissance et modalités de résolution

Lacune Pourquoi elle compte Modalités de résolution Qui Quand (mois à compter de la mobilisation)
Occupation du sol et habitats sur le site et à ses abords Distingue l’habitat modifié de l’habitat naturel ; détermine l’emprise et les bandes tampons Imagerie à très haute résolution et classification satellitaire, vérifiées sur le terrain Bureau d’études agréé chargé de l’EIES ; spécialiste de la télédétection 0 à 3
Topographie et drainage Conditionne les terrassements, la conception du réseau pluvial et les voies de propagation des déversements Levé par drone ou aéroporté, jusqu’à un modèle de terrain submétrique ; délimitation des bassins versants Cameroon Steel, prestataire de levés 0 à 3 (de préférence en saison sèche)
Météorologie sur le site Alimente le modèle de dispersion pour toute prévision relative à l’air Station météorologique automatique avec mât de 10 m, pendant au moins 12 mois Bureau d’études de l’EIES 0 à 12
Qualité de l’air ambiant et retombées de poussières Confirme si le bassin atmosphérique est dégradé ; fixe la marge du projet Analyseurs de PM10 et de PM2,5 équivalents à la méthode de référence, tubes passifs pour les gaz, jauges de retombées avec analyse des métaux en 6 à 10 points Bureau d’études de l’EIES ; laboratoire accrédité 0 à 12
Bruit Aucune donnée mesurée au droit d’aucun récepteur Mesures de 24 à 72 heures en 6 à 8 points récepteurs, en saison sèche et en saison des pluies Bureau d’études de l’EIES 1 à 10
Intensités de pluie de courte durée Nécessaires au dimensionnement des réseaux et des bassins Enregistrements pluviographiques du service météorologique national ; pluviomètre sur le site Bureau d’études de l’EIES ; service météorologique national 0 à 12
Eaux de surface et petits cours d’eau Milieux récepteurs probables ; poissons à aire de répartition restreinte possibles Jaugeages et prélèvements en 6 à 8 points lors de quatre campagnes ; sédiments ; inventaires des poissons et des invertébrés Bureau d’études de l’EIES ; laboratoire accrédité ; ichtyologue 1 à 12
Eaux souterraines Option d’approvisionnement et voie de pollution ; puits villageois Au moins 6 piézomètres, essais de pompage, analyses chimiques trimestrielles Hydrogéologue (équipe de l’EIES) 2 à 12
Qualité des sols, y compris état initial des dioxines Référence pour mesurer toute retombée future Échantillonnage selon un maillage avant la construction, laboratoire accrédité Bureau d’études de l’EIES ; laboratoire accrédité 1 à 4
Flore, faune et habitat critique Confirme ou écarte l’existence d’un habitat critique ; oriente le plan d’action pour la biodiversité Inventaires sur deux saisons ; pièges photographiques ; évaluation de l’habitat critique avec examen IBAT Écologues spécialisés (équipe de l’EIES) 1 à 14
Ponte des tortues marines Indicateur à l’échelle du paysage et contribution possible Partage de données et patrouilles conjointes avec l’autorité du parc marin et la communauté d’Ebodjé ; saison de ponte à confirmer Cameroon Steel avec l’autorité du parc marin et la communauté d’Ebodjé Une saison de ponte
Recensement, moyens de subsistance et antécédents fonciers Identifie les utilisateurs des terres et les lacunes de 2009 à 2010 Recensement et inventaire des biens ; enquête auprès d’au moins 400 ménages ; examen des archives de 2009 et 2010 Équipe sociale de l’EIES ; administration foncière et PAK pour les archives 1 à 6
Peuples autochtones Détermine si le CLIP est déclenché Examen anthropologique spécialisé avec des organisations bagyeli ; cartographie des usages coutumiers Anthropologue spécialisé, avec des organisations bagyeli 1 à 10
Patrimoine culturel Sites sacrés, tombes, archéologie Prospection archéologique pédestre ; cartographie avec les chefs et les anciens ; procédure de découvertes fortuites Archéologue ; chefs et anciens 1 à 4
Santé des communautés État initial pour la gestion de l’afflux de population Registres sanitaires du district ; entretiens avec des informateurs clés ; évaluation rapide des impacts sur la santé Bureau d’études de l’EIES ; services de santé du district 2 à 6
Trafic État initial pour la sécurité routière Comptages par catégorie sur la N7, l’autoroute et aux accès du port ; audit de sécurité routière Bureau d’études de l’EIES 2 et 8 (deux campagnes)
Documents détenus par d’autres Évite les doublons ; permet d’articuler les évaluations Demandes formelles au PAK et à la KPIZ (évaluations portuaires, éventuelle évaluation stratégique de la zone, dossiers fonciers, plans des réseaux), au MINEPDED et aux autres projets (ferroviaires, miniers, surveillance de la centrale à gaz) Cameroon Steel (demandes formelles) 0 à 6
Normes nationales Confirme l’existence éventuelle de valeurs limites nationales plus strictes que les valeurs internationales Demande au MINEPDED et à l’organisme national de normalisation des normes de 2008 et de tout arrêté sectoriel relatif à la sidérurgie Cameroon Steel (demande au MINEPDED et à l’ANOR) 0 à 3
Réseaux et installations communes Approvisionnement en eau, eaux usées, déchets dangereux, raccordement électrique Demandes de données et coordination de la conception avec le PAK, la KPIZ et les opérateurs électriques Ingénierie de Cameroon Steel, avec le PAK, la KPIZ et les opérateurs 0 à 9
Origine de la ressource de la prise d’eau de la zone Une prise d’eau de la plateforme portuaire sur la Lobé ferait de notre approvisionnement un prélèvement indirect dans ce fleuve Demande au PAK et à la KPIZ de la conception de la prise d’eau et de son autorisation de prélèvement ; étude spécifique si la Lobé est la ressource Cameroon Steel, avec le PAK, la KPIZ et le MINEE 0 à 3
Marché du laitier et exutoire des poussières de FAE Transformer les résidus en produits ; garantir la filière dangereuse Étude de marché des granulats ; appels d’offres pour la récupération du zinc ; étude de faisabilité d’une alvéole de confinement Cameroon Steel 3 à 18

Source : analyse de l’état initial documentaire par Cameroon Steel ; les méthodes suivent les orientations de la SFI [G01][G02][G03][G04] et le décret n° 2013/0171/PM [L02].

11.3 Le calendrier est dicté par les saisons

Plusieurs inventaires doivent saisir des conditions particulières : les basses et les hautes eaux, la fenêtre de saison sèche pour les terrassements et l’archéologie, la grande saison des pluies pour le drainage, et la saison de ponte des tortues sur les plages. La figure 11.1 présente un calendrier indicatif par mois au regard des saisons pluviométriques de Kribi. Son message est simple. Un état initial crédible exige une année complète et les deux saisons. Le lancer le plus tôt possible est le moyen le plus efficace de raccourcir le programme d’ensemble sans rien sacrifier.

Calendrier indicatif des inventaires de l'état initial par mois.
HypothèseFigure 11.1. Calendrier indicatif des inventaires de l’état initial par mois. La météorologie et la qualité de l’air sont suivies en continu pendant douze mois ; les campagnes relatives à l’eau, à l’écologie et au bruit sont placées de manière à couvrir la saison la plus sèche comme la plus humide.

Source : analyse de Cameroon Steel ; saisons d’après Olivry, 1979 [E01] ; saison de ponte des tortues à confirmer avec l’autorité du parc marin.

11.4 Des questions auxquelles nous ne pouvons répondre seuls

Certaines lacunes ne peuvent être comblées que par d’autres, ou conjointement avec eux.

L’évaluation stratégique de la zone. L’arrêté de 2016 soumet les zones industrielles et les complexes industrialo-portuaires à une évaluation environnementale stratégique [L03]. S’il en existe une pour Kribi, notre évaluation devra s’appuyer sur elle. S’il n’en existe aucune, nous en soutiendrons la préparation (chapitre 9).

Les archives foncières. Les dossiers de la déclaration d’utilité publique de 2009 et du décret d’indemnisation de 2010 sont détenus par l’administration foncière et par l’autorité portuaire. Nous en demanderons l’accès dès la première étape de la revue des antécédents fonciers.

Les états initiaux existants. Le port, la centrale à gaz, l’autoroute ainsi que les projets ferroviaires et miniers ont chacun produit des études environnementales et, dans certains cas, des années de surveillance. Un accès partagé améliorerait l’évaluation de chaque projet, y compris la nôtre, et allégerait la charge pesant sur des communautés à qui l’on pose sans cesse les mêmes questions.

Le statut des espèces. Les statuts mondiaux cités au chapitre 7 ont été vérifiés sur la Liste rouge de l’UICN (version 2026-1) pour la présente édition [B10] ; ils le seront de nouveau au dépôt de l’évaluation, car les statuts évoluent. Les désignations de zones clés pour la biodiversité et de zones importantes pour la conservation des oiseaux dans la zone d’influence doivent être confirmées au moyen de l’IBAT, qui requiert un abonnement. Nous l’inclurons dans le budget de l’évaluation.

11.5 Ce que nous ferons de ce que nous apprendrons

L’état initial a pour objet de modifier le projet lorsque les éléments probants l’exigent. Si les inventaires révèlent un cours d’eau abritant un poisson à aire de répartition restreinte, le plan de masse s’en écartera. Si le recensement identifie des utilisateurs actuels des terres, nous chercherons à éviter leur déplacement par l’aménagement du plan de masse avant d’envisager une indemnisation. Si la surveillance de l’air révèle une marge plus faible que prévu, les dispositifs de maîtrise seront renforcés avant la demande d’autorisation. Si l’examen préliminaire relatif aux peuples autochtones déclenche le CLIP, les activités susceptibles de les affecter attendront son issue. Nous publierons chaque trimestre les données de l’état initial au fur et à mesure de leur collecte (chapitre 10), afin que d’autres puissent vérifier notre raisonnement autant que nos conclusions.

Sources citées dans ce chapitre

Les repères entre crochets renvoient à ces sources ; la liste complète figure en annexe. Liste complète des sources

  1. G01Performance Standards on Environmental and Social Sustainability. Société financière internationale (SFI), 1er janv. 2012.ifc.org/en/insights-reports/2012/ifc-performance-standards
  2. G02Guidance Note 6: Biodiversity Conservation and Sustainable Management of Living Natural Resources (version actualisée). Société financière internationale (SFI), 27 juin 2019.ifc.org/en/insights-reports/2012/ifc-performance-standards
  3. G03Environmental, Health, and Safety Guidelines for Integrated Steel Mills. SFI / Groupe de la Banque mondiale, 30 avr. 2007.ifc.org/content/dam/ifc/doc/2000/2007-integrated-steel-mills-ehs-guide…
  4. G04Environmental, Health, and Safety (General) Guidelines. SFI / Groupe de la Banque mondiale, 30 avr. 2007.ifc.org/content/dam/ifc/doc/2000/2007-general-ehs-guidelines-en.pdf
  5. L02Décret n° 2013/0171/PM fixant les modalités de réalisation des études d’impact environnemental et social. Premier ministre (copie FAOLEX), 14 févr. 2013.faolex.fao.org/docs/pdf/cmr179401.pdf
  6. E01Monographie du Nyong et des fleuves côtiers, tome 1 (J.-C. Olivry). ORSTOM (aujourd’hui IRD), juil. 1979.horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers11-03/01948.p…
  7. L03Arrêté n° 00001/MINEPDED fixant les catégories d’opérations soumises à une évaluation environnementale stratégique ou à une étude d’impact environnemental et social. MINEPDED (copie FAOLEX), 8 févr. 2016.faolex.fao.org/docs/pdf/cmr172054.pdf
  8. B10Évaluations de la Liste rouge de l’UICN (version 2026-1) : Gobush et al. 2021, Loxodonta cyclotis , e.T181007989A204404464 ; Maisels et al. 2018, Gorilla gorilla gorilla , e.T9406A136251508 ; Maisels et al. 2016, Pan troglodytes troglodytes , e.T15936A102332276 ; Pietersen et al. 2019, Phataginus tricuspis , e.T12767A123586469 ; Nixon et al. 2019, Smutsia gigantea , e.T12762A123584478 ; BirdLife International 2018, Psittacus erithacus , e.T22724813A129879439 ; Keith Diagne 2015, Trichechus senegalensis , e.T22104A97168578 ; Wallace et al. 2013, Dermochelys coriacea , e.T6494A43526147 ; Abreu-Grobois et Plotkin 2008, Lepidochelys olivacea , e.T11534A3292503 ; Mortimer et Donnelly 2008, Eretmochelys imbricata , e.T8005A12881238 ; Wallace et Broderick 2025, Chelonia mydas , e.T4615A285108125. Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), 2008 à 2025  ; consulté le 10 oct. 2026.iucnredlist.org

Citer ce chapitre

Cameroon Steel (2026). Construire de manière responsable à Kribi : une usine sidérurgique peut respecter les normes internationales à quatre conditions. Livre blanc 07, chapitre 11 : Lacunes de connaissance : ce que l’on ne sait pas encore, et comment on l’établira. CS-WP-07. https://www.cameroon-steel.com/fr/bibliotheque/responsible-kribi/evidence-gaps/