Livre blanc 04 · Chapitre 10 · Édition française
La politique publique devrait déplacer la protection des barres finies vers la qualité, les unités de fer et un commerce loyal
La politique sidérurgique du Cameroun a protégé le dernier stade de la production. La suspension des importations de rond à béton en 2016, la norme obligatoire sur le rond à béton et les prix homologués ont créé des capacités de laminage trois fois supérieures au marché, tandis que les unités de fer qui les alimentent sont importées avec un droit de 10 % et que le fil machine entre à 5 %, moins que les billettes dont il est issu [S04][S03][S23]. Les importations de fonte, de fer et d’acier ont absorbé 13 % du déficit commercial en biens en 2025 [S07]. Les leviers de politique publique qui serviraient les objectifs nationaux de la stratégie de développement, la SND30, laquelle range les mines-métallurgie-sidérurgie parmi neuf sous-secteurs industriels prioritaires et vise une valeur ajoutée manufacturière de 25 % du PIB en 2030 contre environ 13,3 % en 2025, se situent ailleurs [S25][S16]. Ce sont : des instruments commerciaux transparents et fondés sur des règles à la place d’une interdiction illimitée ; des normes et une certification étendues du rond à béton à l’acier de construction ; une commande publique qui exige des produits certifiés et paie à temps ; et des incitations favorisant la production nationale de fer plutôt que des capacités de laminage supplémentaires. Chacun doit s’inscrire dans une situation budgétaire que le FMI juge exposée à un risque élevé de surendettement [S36].
Dans ce chapitre (10)
- 10.1 Pourquoi la politique sidérurgique compte pour les comptes extérieurs
- 10.2 Le cadre actuel
- 10.3 Mesures commerciales : d’une interdiction illimitée à des instruments fondés sur des règles
- 10.4 Normes et qualité : du rond à béton à l’acier de construction
- 10.5 Commande publique : l’État, premier acheteur d’acier
- 10.6 Contenu local, unités de fer et incitations
- 10.7 Les enseignements des voisins et des pairs
- 10.8 Les données, un bien public
- 10.9 Les limites budgétaires et macroéconomiques
- 10.10 Un programme séquencé
10.1 Pourquoi la politique sidérurgique compte pour les comptes extérieurs
La fonte, le fer et l’acier constituent un poste significatif de la balance commerciale du Cameroun. Les importations des chapitres 72 et 73 ont coûté 295,8 milliards de FCFA en 2023, 240,3 milliards en 2024 et 278,1 milliards en 2025, soit entre 13,0 % et 14,8 % du déficit commercial en biens de chaque année (dérivé) [S115][S107][S07]. Le déficit lui-même s’est creusé à 2 145,2 milliards de FCFA en 2025, avec un taux de couverture des importations par les exportations de 59,0 % [S07]. Dans l’union monétaire de la CEMAC, les réserves de change sont tombées à 6 377,3 milliards de FCFA fin 2025, soit 4,2 mois d’importations [S113].
Source : INS, notes sur le commerce extérieur 2023, 2024 et 2025 (provisoire) [S115][S107][S07]. Parts dérivées.
La composition compte davantage que le total. Environ la moitié de la facture du chapitre 72 correspond à des billettes, que les usines nationales transforment en barres [S05]. Se substituer aux barres importées, comme l’a fait l’interdiction de 2016, n’a guère économisé de devises, puisque le fer restait importé ; se substituer aux unités de fer importées en économiserait bien davantage. Une politique visant les comptes extérieurs devrait donc regarder vers l’amont.
10.2 Le cadre actuel
Le cadre applicable à l’acier combine stratégie nationale, incitations à l’investissement, mesures commerciales et réglementation sectorielle.
Sur le plan stratégique, la SND30 range les mines-métallurgie-sidérurgie parmi ses neuf sous-secteurs industriels prioritaires et appelle à accélérer l’import-substitution tout en développant les exportations [S25]. Elle fixe un objectif de valeur ajoutée manufacturière de 25 % du PIB en 2030 ; les comptes nationaux en donnent environ 13,3 % en 2025 (dérivé) [S25][S16]. Le plan directeur d’industrialisation de 2016 à 2017, qui mettait l’accent sur la métallurgie et la sidérurgie, est en cours de révision, ce qui ouvre une fenêtre pour actualiser son volet sidérurgique [S171][S172]. Le plan d’import-substitution du gouvernement pour 2024 à 2026, le PIISAH, ne couvre que les produits agricoles, d’élevage et halieutiques et n’inclut pas l’acier [S173].
En matière d’investissement, la loi n° 2013/004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé prévoit des exonérations pendant une durée maximale de cinq ans en phase d’installation et de dix ans en phase d’exploitation, et cite expressément la sidérurgie parmi les secteurs prioritaires ouvrant droit à des incitations spécifiques [S142]. Les ports de Douala et de Kribi sont classés zones économiques, tandis que le statut de zone franche industrielle exige l’exportation de 80 % de la production, ce qui ne conviendrait pas à un producteur servant le marché intérieur [S142].
En matière commerciale et réglementaire, les instruments sont la suspension des importations de rond à béton de 2016, réaffirmée en 2023 ; la norme obligatoire NC 236/2024/06 ; l’homologation des prix par le ministère du Commerce ; le tarif extérieur commun de la CEMAC ; l’article de la loi de finances 2025 instituant une préférence nationale ; et une nouvelle taxe environnementale de 5 000 FCFA la tonne sur le rond à béton à partir de 2026 [S04][S56][S26][S24][S23][S137][S124].
10.3 Mesures commerciales : d’une interdiction illimitée à des instruments fondés sur des règles
La suspension des importations de rond à béton repose sur une correspondance administrative : une lettre des services du Premier ministre du 31 mai 2016 et une note des douanes du 3 avril 2023 qui cite une instruction présidentielle [S04][S56]. Elle a permis de constituer des capacités nationales de laminage, mais elle présente trois faiblesses. Elle est illimitée et discrétionnaire, de sorte que les investisseurs ne peuvent s’y fier et que les dérogations, comme celles sollicitées pour les grandes entreprises de travaux, la fragilisent [S04]. Elle ne protège qu’un seul produit, laissant entièrement exposées les unités de fer dont dépend l’industrie, ainsi que les profilés lourds et les produits plats qu’elle ne fabrique pas. Et elle réduit la concurrence sur un marché où les prix sont déjà administrés.
Le tarif douanier présente sa propre incohérence. Selon le tarif CEMAC déclaré pour 2023, le minerai de fer, le DRI, la ferraille, les billettes, les bobines laminées à chaud et la plupart des profilés acquittaient 10 % ; le rond à béton et certaines constructions métalliques 20 % ; la tôle galvanisée 30 % ; et le fil machine seulement 5 % [S23]. Le fil machine, produit fini laminé à partir de billettes, acquittait donc la moitié du droit applicable aux billettes elles-mêmes. Le même barème taxe les unités de fer d’une aciérie : la section 8.6 montre que le droit de 10 % sur la ferraille et le fer briqueté à chaud importés, environ 47 à 52 USD par tonne de billette, correspond à peu près à l’écart qui sépare une billette fondue à Kribi d’une billette importée aux prix d’octobre 2026.
Source : Banque mondiale, WITS, droits NPF appliqués déclarés par le Cameroun, 2023 [S23]. Le tarif harmonisé CEEAC-CEMAC appliqué depuis le 1er janvier 2026 n’a pas encore été publié ligne par ligne pour l’acier [S131].
Le Cameroun dispose d’une large marge juridique pour ajuster ses droits : seules 0,2 % de ses lignes tarifaires non agricoles sont consolidées à l’Organisation mondiale du commerce, de sorte que les droits sur l’acier sont de fait non consolidés [S174]. Mais les droits sont fixés au niveau de la CEMAC, et le tarif harmonisé CEEAC-CEMAC applicable depuis le 1er janvier 2026 est encore en cours de mise en œuvre [S131]. Toute modification exige un accord régional.
L’expérience d’autres pays indique ce qui fonctionne. L’Égypte a recouru à des droits provisoires assortis de montants spécifiques minimaux, comme un droit de 13 % sur les billettes avec un minimum de 65 USD la tonne à partir d’avril 2026, pour stabiliser son marché tout en maintenant les importations possibles [S53][S54]. La sauvegarde provisoire de l’Afrique du Sud sur les bobines laminées à chaud a expiré au bout de 200 jours et, peu après, son principal producteur a décidé de liquider son activité de produits longs, en invoquant notamment une protection insuffisante [S55][S61]. L’Algérie a combiné protection et grands investissements dans le fer issu du gaz et est devenue exportatrice nette [S57][S28]. La leçon commune est que les mesures commerciales fonctionnent le mieux lorsqu’elles sont transparentes, limitées dans le temps, ciblées par produit et accompagnées d’investissements dans des capacités compétitives.
10.4 Normes et qualité : du rond à béton à l’acier de construction
Les normes sont l’instrument le moins coûteux pour les finances publiques et celui qui agit le plus directement sur la sécurité. Le Cameroun a rendu obligatoire une norme sur le rond à béton depuis 2022 et la fait appliquer, notamment par la sanction infligée par l’ANOR à un producteur pour des barres Fe450 en 2024 ; en janvier 2026, les services du Premier ministre ont refusé de la réviser [S26][S110]. Les plaintes de consommateurs et les signalements de barres contrefaites montrent que son application reste un défi [S111][S80].
Trois mesures renforceraient ce levier. Les normes obligatoires et l’évaluation de la conformité pourraient être étendues aux profilés de construction, aux profilés creux, aux produits tréfilés et aux tôles de couverture, de plus en plus utilisés dans les bâtiments publics et les infrastructures et aujourd’hui importés ou produits sans référentiel commun. Des capacités d’essai, dont des laboratoires accrédités pour les essais de traction et les analyses chimiques, appuieraient le contrôle ; la SND30 prévoit déjà la mise à niveau des laboratoires [S25]. Et les normes pourraient être harmonisées au niveau de la CEMAC, afin que les produits certifiés de tout État membre circulent librement, ce qui faciliterait aussi l’application des règles d’origine de la Zone de libre-échange continentale africaine.
10.5 Commande publique : l’État, premier acheteur d’acier
L’État est le premier acheteur d’acier, par son budget d’investissement public, 2 026,3 milliards de FCFA en 2026, et par le programme routier du ministère des Travaux publics, 740 milliards de FCFA [S17][S76]. Les règles de la commande publique façonnent la demande plus directement que les mesures commerciales.
L’article 8 de la loi de finances 2025 a institué une préférence nationale : les biens importés ayant un équivalent local perdent leurs facilités douanières, sauf pour les biens relevant des accords de partenariat économique avec l’Union européenne et le Royaume-Uni, de la Zone de libre-échange continentale africaine, de la CEMAC et de la CEEAC, et en cas de pénurie constatée ; l’objectif affiché est de limiter les sorties de devises [S137]. Appliquée à l’acier, cette mesure pourrait favoriser les produits locaux dans les travaux publics, mais son effet dépend de la définition de l’« équivalent ». Une règle exigeant des produits certifiés dans les travaux publics, publiant à l’avance les quantités d’acier des grands marchés et permettant aux producteurs locaux de soumissionner pour des lots de fourniture soutiendrait les profilés et les constructions métalliques nationaux autant que les barres.
La commande publique dépend aussi du paiement. Le ministre des Travaux publics a reconnu en 2026 que des tensions de trésorerie affectaient les paiements aux entreprises [S76]. Les arriérés dus aux entreprises de travaux se répercutent sur leurs fournisseurs d’acier. Le paiement à bonne date est la mesure de commande publique la plus efficace qu’un gouvernement puisse prendre en faveur de son industrie nationale.
10.6 Contenu local, unités de fer et incitations
Le choix de politique publique le plus important de la prochaine décennie est celui d’encourager ou non la production nationale de fer. Plusieurs instruments vont déjà dans ce sens.
Le Code minier, loi n° 2023/014 du 19 décembre 2023, réserve aux nationaux 95 % des emplois non qualifiés dans les mines et impose une priorité aux sous-traitants camerounais [S175]. Il impose aussi que chaque convention minière fixe les modalités de mise à disposition d’une part de la production, d’au moins 15 %, pour la transformation locale (le texte de la loi est cité dans le livre blanc 01). Les conventions de projet appliquent cette règle : la convention du gisement de Mbalam prévoirait, selon la presse, la transformation locale de 15 % de la production (le même article présente un pôle sidérurgique national dans le cadre du programme), et la convention de Kribi-Lobé réserve 15 % au marché local [S34][S35]. Ces clauses pourraient devenir une source importante d’unités de fer si elles se traduisaient en accords d’approvisionnement, en spécifications techniques et en calendriers concrets.
La loi de 2013 sur l’investissement range déjà la sidérurgie parmi les secteurs prioritaires [S142]. Les incitations pourraient être concentrées sur les activités qui comblent le déficit, à savoir la fusion, la réduction directe et le laminage de profilés, plutôt que sur des capacités supplémentaires de laminage de produits déjà excédentaires. La politique de la ferraille compte aussi : aucune interdiction légale d’exporter de la ferraille n’a été trouvée, bien que les exportations enregistrées soient tombées à un niveau quasi nul après 2019 [S05][S123]. Formaliser la collecte de la ferraille, avec traçabilité et normes environnementales, améliorerait à la fois l’approvisionnement et les données.
L’énergie fait partie de la politique industrielle de l’acier. Une aciérie ou une usine de réduction directe représente une charge électrique importante et stable. Un cadre publié pour l’alimentation industrielle en haute tension au-delà de 10 MW, qui n’existe pas aujourd’hui, et l’achèvement en temps voulu des liaisons de transport profiteraient à toutes les industries grosses consommatrices d’énergie [S93][S92]. Le chapitre 10 du livre blanc 05 expose les règles qu’un tel cadre devrait comporter.
Tableau 10.1 dérivéLeviers de politique publique pour le secteur sidérurgique, situation actuelle et options
| Levier | Situation actuelle | Option | Effet attendu | Contrainte ou risque |
|---|---|---|---|---|
| Commerce : suspension du rond à béton | Interdiction administrative depuis 2016, réaffirmée en 2023 ; dérogations sollicitées | La remplacer progressivement par des mesures transparentes, limitées dans le temps et ciblées par produit (capacité de sauvegarde ou d’antidumping, droits à prix minimum) | Prévisibilité pour les investisseurs ; moins de dérogations au cas par cas | Exige une capacité d’enquête ; coordination CEMAC |
| Commerce : structure tarifaire | Fil machine 5 % ; billettes, minerai, DRI et ferraille 10 % ; rond à béton 20 % (2023) | Supprimer l’escalade inversée dans le tarif CEEAC-CEMAC ; alléger le droit sur les unités de fer destinées à la fusion, par exemple par le perfectionnement actif | Incitations cohérentes le long de la chaîne | Négociation régionale ; coût pour les utilisateurs d’aval |
| Normes | Norme sur le rond à béton obligatoire et appliquée | L’étendre aux profilés de construction, aux fils et aux tôles ; laboratoires accrédités ; harmonisation CEMAC | Sécurité ; égalité de traitement avec les importations | Capacités des laboratoires ; délais de transition |
| Commande publique | Préférence nationale (loi de finances 2025, art. 8) | Exiger de l’acier certifié dans les travaux publics ; publier les quantités d’acier ; payer les entreprises à temps | Demande intérieure prévisible de produits certifiés | Marge budgétaire ; engagements commerciaux |
| Contenu local et unités de fer | Clauses de transformation locale de 15 % dans deux conventions minières | Les traduire en accords d’approvisionnement, spécifications et calendriers | Source nationale d’unités de fer | Retards des projets miniers ; qualité du minerai |
| Incitations à l’investissement | La loi n° 2013/004 range la sidérurgie parmi les priorités | Cibler les incitations sur la fusion, la réduction directe et le laminage de profilés | Investissement là où se situe le déficit | Examen par le FMI des dépenses fiscales |
| Réglementation des prix | Prix du rond à béton homologués | Publier la formule ; la réviser périodiquement ; ne pas l’étendre aux produits non homologués | Transparence ; confiance des investisseurs | Sensibilité des consommateurs aux prix |
| Ferraille | Aucune interdiction légale d’exporter trouvée ; collecte informelle | Collecte formelle et traçabilité ; données | Charge plus abondante et de meilleure qualité ; statistiques fiables | Moyens de subsistance du secteur informel |
| Énergie | Aucun tarif publié au-delà de 10 MW ; 150 MW de demande industrielle insatisfaite | Cadre industriel haute tension ; accords d’alimentation dédiés | Faisabilité de la fusion et de la réduction directe | Finances du service public ; investissements de réseau |
| Données | Aucune série officielle de consommation apparente ; détail Comtrade jusqu’en 2023 | Publier un bilan sidérurgique annuel (production, échanges, consommation) | Meilleures décisions publiques et d’investissement | Capacités statistiques |
Source : analyse de Cameroon Steel [S04][S56][S23][S131][S26][S137][S34][S35][S142][S24][S123][S93][S92][S05].
10.7 Les enseignements des voisins et des pairs
Les voisins et les pairs du Cameroun offrent des exemples récents de politique sidérurgique. Le Gabon a abaissé de 10 % à 3 % la TVA sur le rond à béton fabriqué localement en juillet 2026, une préférence fiscale plutôt qu’une interdiction, en soutien aux nouvelles usines de Nkok et de Port-Gentil [S29][S21][S30]. L’Égypte protège son marché par des droits combinant un pourcentage et un montant minimal par tonne, appliqués aux billettes et aux bobines laminées à chaud à l’issue d’enquêtes [S53][S54]. L’Algérie a combiné gestion des importations et très grands investissements dans le fer et l’acier issus du gaz, et est passée du déficit à l’excédent en quatre ans [S57][S28]. L’expérience de l’Afrique du Sud montre les limites de la protection lorsque les politiques de l’énergie, de la logistique et de la charge métallique échouent [S61].
Deux traits distinguent les réussites. La protection était liée à l’investissement dans des capacités compétitives, de sorte qu’elle était temporaire dans ses effets, sinon toujours en droit. Et elle passait par des instruments que les investisseurs pouvaient connaître à l’avance : droits publiés, enquêtes aux procédures et délais définis, règles claires sur la charge métallique. L’interdiction camerounaise du rond à béton a produit le premier, sous la forme de nouvelles capacités de laminage, mais pas le second.
10.8 Les données, un bien public
Plusieurs des incertitudes du présent livre blanc disparaîtraient si le Cameroun publiait un bilan sidérurgique annuel : production nationale par produit, importations et exportations par produit et consommation apparente. Les données existent, dans les registres douaniers et les comptes des producteurs, mais elles ne sont pas rassemblées. Un bilan établi par l’institut de la statistique avec les groupements professionnels, et publié chaque année, permettrait au gouvernement de surveiller les poussées d’importations, d’évaluer les mesures commerciales, de planifier la commande publique et de suivre les progrès vers les objectifs de la SND30. Il aiderait aussi les prêteurs et les investisseurs à évaluer les projets sur une base commune. C’est le moins coûteux de tous les leviers examinés ici, et il améliorerait l’usage de chacun des autres.
10.9 Les limites budgétaires et macroéconomiques
Chaque levier doit respecter les contraintes macroéconomiques. Le FMI a constaté pour 2025 un déficit primaire hors pétrole de 2,6 % du PIB pour un objectif de 1,4 % et évalue à élevé le risque global de surendettement ; son évaluation post-financement sera soumise à son conseil d’administration en décembre 2026 [S82][S36]. Les exonérations fiscales seront examinées de près, ce qui plaide pour des incitations ciblées, limitées dans le temps et transparentes. Les réserves de la CEMAC, à 4,2 mois d’importations fin 2025, et l’obligation d’obtenir l’autorisation de la banque centrale pour les transferts de plus de 50 millions de FCFA font de la disponibilité des devises une contrainte pour les importateurs comme pour les investisseurs [S113][S142]. La loi de finances 2026 interdit en outre les achats auprès de fournisseurs étrangers sans transfert effectif de fonds [S136].
Ces contraintes renforcent, au lieu de les affaiblir, les arguments en faveur de la substitution des unités de fer. Le fer national réduit le coût en devises de l’industrie existante ; des profilés nationaux certifiés réduisent le contenu en importations de l’investissement public. Le programme qui en découle est peu coûteux pour les finances publiques : clarifier et régulariser les instruments commerciaux, étendre les normes, utiliser intelligemment la commande publique, concentrer les incitations là où se situe le déficit et publier les données dont ont besoin investisseurs et décideurs.
10.10 Un programme séquencé
Les leviers peuvent être séquencés sur la période couverte par le présent livre blanc. En 2026 et 2027, les priorités sont les données et les normes : un bilan sidérurgique national annuel, la publication des lignes sidérurgiques du tarif harmonisé, l’extension de la certification obligatoire à l’acier de construction et la discipline de paiement dans les travaux publics. De 2027 à 2030, les priorités sont le cadre commercial et incitatif : des instruments transparents pour remplacer l’interdiction illimitée, la correction de l’escalade tarifaire inversée au niveau de la CEMAC, des incitations ciblées sur la fusion et le laminage de profilés, et des modalités pratiques pour les clauses de transformation locale des conventions minières. Au-delà de 2030, à mesure que les projets de minerai et de gaz mûriront, la politique publique pourra se tourner vers la question de long terme du fer primaire issu du minerai au Cameroun. Tout au long de cette période, l’objectif reste celui que fixe la SND30 : l’import-substitution conjuguée aux exportations, dans un secteur que la stratégie elle-même désigne comme prioritaire [S25].
Sources citées dans ce chapitre
Les repères entre crochets renvoient à ces sources ; la liste complète figure en annexe. Liste complète des sources
- S115Commerce extérieur du Cameroun en 2023. INS Cameroun, avr. 2024.ins-cameroun.cm/wp-content/uploads/2025/07/Note-sur-le-Commerce-Exteri…
- S107Évolution du commerce extérieur en 2024. INS Cameroun, août 2025.ins-cameroun.cm/wp-content/uploads/2025/12/Commext_2024_FR_Edite-final…
- S07Évolution du commerce extérieur en 2025 (version provisoire). INS Cameroun, févr. 2026 (mis en ligne le 1er avr. 2026).ins-cameroun.cm/wp-content/uploads/2026/04/Note-sur-le-commerce-exteri…
- S113Zone Cémac : la BEAC annonce un ralentissement de croissance à 2,4 %. AllAfrica (Les Dépêches de Brazzaville), 17 dévers 2025.fr.allafrica.com/stories/202512170629.html
- S05UN Comtrade public API, Cameroon (déclarant 120), SH 72/73 et lignes à 6 chiffres, 2019-2023. UN Statistics Division, cons. le 10 oct. 2026.comtradeapi.un.org/public/v1/preview/C/A/HS?reporterCode=120&period=20…
- S25Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). Republic of Cameroon / MINEPAT (hosted by FAOLEX), 2020.faolex.fao.org/docs/pdf/cmr211554.pdf
- S16Les Comptes Nationaux de 2025. INS Cameroun, août 2026 (mis en ligne le 2 sept. 2026).ins-cameroun.cm/wp-content/uploads/2026/09/Comptes_Nationaux_2025_FR_V…
- S171Le Cameroun se dote d’un nouveau Plan directeur d’industrialisation. Le360 Afrique, 4 avr. 2017.afrique.le360.ma/autres-pays/economie/2017/04/04/10804-le-cameroun-se-…
- S172« Des actions concrètes pour renforcer les infrastructures industrielles » (MINMIDT). Cameroon Tribune, 1er nov. 2024.cameroon-tribune.cm/article.html/67712/fr.html/details_2
- S173Cameroon cuts PIISAH allocation to CFA12.5bn in 2026. Business in Cameroon, 15 dévers 2025.businessincameroon.com/public-management/1512-15509-cameroon-cuts-piis…
- S1422024 Investment Climate Statements: Cameroon. US Department of State, 2024.state.gov/reports/2024-investment-climate-statements/cameroon/
- S04Article de presse sur la mise sous scellés par la douane de plus de 7 300 t de rond à béton importé, décembre 2020 (titre et adresse non reproduits : ils nomment l’importateur). Business in Cameroon, 16 dévers 2020.Cité par titre et date
- S56Métallurgie : les importations du fer à béton interdites jusqu’à nouvel ordre. EcoMatin, 10 avr. 2023.ecomatin.net/metallurgie-les-importations-du-fer-a-beton-interdites-ju…
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- S57Protecting the steel market: how it’s done in North Africa. GMK Center, 2 sept. 2026.gmk.center/en/posts/protecting-the-steel-market-how-it-s-done-in-north…
- S28Algeria’s steel industry: why is it growing. GMK Center, 28 juil. 2026.gmk.center/en/posts/algeria-s-steel-industry-why-is-it-growing/
- S110Cameroun : le gouvernement rejette une demande de révision de la norme du fer à béton. EcoMatin, 5 févr. 2026.ecomatin.net/cameroun-le-gouvernement-rejette-une-demande-de-revision-…
- S111Interdiction des importations du fer à béton : les consommateurs dénoncent la mauvaise qualité de la production locale. EcoMatin, 13 avr. 2023.ecomatin.net/interdiction-des-importations-du-fer-a-beton-les-consomma…
- S80Métallurgie : les industriels dénoncent la présence du fer à béton contrefait. EcoMatin, 22 juin 2023.ecomatin.net/metallurgie-les-industriels-du-secteur-denoncent-la-prese…
- S17Budget 2026-8 816,4 milliards FCFA…. MINFI, 26 nov. 2025.minfi.gov.cm/budget-2026-8-8164-milliards-fcfa-pour-consolider-la-stab…
- S76Cameroon targets 476 km of new roads in 2026 infrastructure plan. Business in Cameroon, 16 févr. 2026.businessincameroon.com/construction/1602-15761-cameroon-targets-476-km…
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Cameroon Steel (2026). Le déficit d’acier du Cameroun porte sur les unités de fer, pas sur le rond à béton. Livre blanc 04, chapitre 10 : La politique publique devrait déplacer la protection des barres finies vers la qualité, les unités de fer et un commerce loyal. CS-WP-04. https://www.cameroon-steel.com/fr/bibliotheque/market-outlook/policy/
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